3. Pic du pétrole

Témoignages :

Charles à 40 ans et son épouse 36. Ils ont deux enfants âgés de 8 ans et 3 ans. Charles conduit ses enfants à l’école (à 5 km)  tous les matins, puis se rend à son travail situé dans le zoning (30 km). Son épouse va les rechercher en transport en commun. Le samedi matin est  réservé pour les courses du ménage.  Depuis quelques mois, Charles se pose pas mal de question : «Je n’ose plus passer à la station d’essence faire le plein ces dernières semaines. Ou alors je ne remplis plus mon réservoir que partiellement. Pourtant, j’ai besoin de cette voiture… Les enfants à conduire à leurs activités, les courses à faire au supermarché… J’avais entendu dire qu’on connaîtrait un pic du pétrole et que nos besoins dépasseraient la demande. Alors forcément les prix seraient à la hausse.  Je ne m’en suis pas trop préocccupé… mais je me demande si aujourd’hui, ce n’est pas ce qui est en train de se passer. On parle bien de développer d’autres carburants à partir de végétaux, mais je ne vois rien venir… Et la voiture électrique… Vous avez vu le prix aujourd’hui… Je ne sais pas ce qu’il faut faire. Déménager ? Changer mes habitudes, mais je ne vois pas comment ? Ou attendre qu’on trouve d’autres moyens technologiques pour se déplacer ?

Isabelle a 55 ans et gère avec son mari une ferme en Wallonie. Essentiellement des cultures céréalières et un peu d’élevage. Elle aussi se pose beaucoup de questions : «Depuis quelques temps, la hausse du pétrole se répercute sur les engrais et l’énergie, indispensables pour les travaux dans les champs. Maintenant, je me rends compte de l’importance du pétrole dans mon travail. Va-t-il falloir changer nos manières de travailler… surtout pour les jeunes qui se lancent dans le métier ?»

Le pétrole est une ressource fossile dont il est maintenant admis que l’exploitation ne sera pas éternelle. Depuis le début de son exploitation et jusqu’à aujourd’hui, la production pétrolière a été globalement orientée à la hausse. Le pic de production du pétrole (peak oil) correspond au moment où la production mondiale atteindra un maximum qui ne pourra être dépassé. A ce moment, les géologues et les ingénieurs auront beau développer des trésors d’ingéniosité, exploiter des gisements toujours plus difficiles d’accès, la production ne pourra que décroître alors que la demande continuera à augmenter, entraînant une hausse des cours du brut.

Modèle d’évolution de la production et de la demande mondiale de pétrole aux alentours du pic de production

(situé en 2015 dans l’illustration) (site de l’ASPO – Belgique http://www.aspo.be/peak.html)

Il est difficile de dire avec précision quand le maximum de production sera atteint mais de nombreux signaux donnent à penser que cet événement est imminent ou même qu’il s’est déjà produit. On pourra rétorquer qu’il suffira de remplacer le pétrole par le gaz naturel ou le charbon mais ces deux formes d’énergie sont, elles aussi, fossiles et connaîtront un pic de production comme le pétrole. Par ailleurs, remplacer les énormes quantités de pétrole que nos sociétés engloutissent par du gaz naturel ou du charbon aurait un coût financier et environnemental exorbitant.

Le pétrole est à ce point présent dans nos modes de vie que son renchérissement aura des conséquences profondes sur le fonctionnement de nos sociétés industrielles. Le graphique ci-dessous le rappelle : les transports représentent actuellement près du quart de la consommation finale totale de pétrole en Wallonie.

Le secteur des transports est celui où la part de pétrole dans le total des consommations finales est la plus importante. De plus, il est celui où les possibilités de substitution sont les plus faibles. Dès lors avec l’augmentation des prix, ce n’est pas seulement la facture de chauffage des ménages qui sera touchée. L’ensemble des activités de transport (privées ou professionnelles) devront être repensées. Le slogan « plus loin, plus vite et plus souvent » qui caractérise notre vision du développement devra être remplacé par un « moins loin, moins vite et moins souvent » qu’il faudra réinventer. L’emprise du pétrole ne s’arrête pas là. Son importance est aussi considérable dans l’agriculture (machines agricoles, engrais, pesticides, …) ou encore dans la production de biens de consommation les plus divers (plastiques, vêtements synthétiques, …).

En conclusion, vivre dans un monde dépendant d’un pétrole de plus en plus rare et donc de plus en plus cher nous obligera à repenser l’ensemble de nos modes de vie et de nos organisations et sans doute à limiter notre appétit de consommation.

 

 

Pour en savoir plus

ASPO Belgique (Association pour l’étude du pic du pétrole et du gaz) http://www.aspo.be/
Territoire(s) wallon(s) N°6. La dimension territoriale des politiques énergétiques et de réduction des gaz à effet de serre. CPDT. Avril 201
http://cpdt.wallonie.be/index.php?id_page=818