1. Etalement urbain

Témoignage :

Jean, jeune agriculteur, vient de reprendre la ferme de ses parents. Bien que conscient des difficultés économiques du secteur, il en rêvait depuis toujours. Il n’avait pas prévu les ennuis avec ses voisins. Il est venu témoigner lors d’une rencontre organisée par la Commune : «Quand on est agriculteur, travailler dans le village n’est pas toujours simple. Les habitants des nouvelles maisons au bord des champs ne comprennent pas toujours qu’on doit travailler quand le temps le permet.
Le propriétaire de terres que je louais vient de les vendre comme terrains à bâtir. Je dois maintenant faire tout le tour pour y accéder par l’arrière.
Ma surface cultivée a aussi été diminuée pour la construction du contournement.
Les gens ne veulent plus de ferme à côté de chez eux, cela fait trop de bruit. Et comme les maisons poussent partout…. Où doit-on aller ? Si on se met en pleine campagne, ils disent qu’on détruit le paysage. Si on se mettait dans les zonings, cela nous éloignerait de nos terres et donnerait l’image d’une agriculture hors sol. J’aime mon métier… Je nourris la population… Pour cela j’ai besoin de terres à cultiver…
»

La question de l’étalement urbain est au cœur même de la politique d’aménagement du territoire, en particulier de la gestion économe du sol, de la protection des terres agricoles et de la conservation des espaces naturels. L’urbanisation contribue à fragiliser ces espaces ouverts, menaçant la diversité biologique des espaces. Si historiquement, l’urbanisation se limitait aux terrains proches des villes et des villages, elle touche à présent l’ensemble du territoire jusqu’aux zones les plus rurales. Ainsi en Wallonie les terrains résidentiels, qui occupaient 97.047 hectares en 2006, s’étendaient sur 90.888 hectares en 2001[1] soit environ 7 terrains de football urbanisés par jour !
Dans le même temps, l’éclatement des activités et la dispersion de l’habitat ont provoqué une extension considérable des infrastructures routières et une augmentation des trajets en nombre et en longueur. En Belgique, la longueur du réseau routier a ainsi augmenté de 56% entre 1970 et 2000 et représente aujourd’hui 147.000 kilomètres[2]. L’un des réseaux les plus développés d’Europe dont les coûts d’investissement et d’entretien à charge des pouvoirs publics sont de plus en plus lourds (1.36 milliards d’euros en 2000).
L’étalement urbain a également des conséquences sur le plan social. Certaines catégories de la population - principalement les jeunes, les personnes âgées, les moins valides et les personnes à faibles revenus - ne disposant pas de voiture, éprouvent des difficultés croissantes à trouver un emploi, à accéder à des commerces bons marchés ou à bénéficier d’un service public dans la mesure où ceux-ci sont de plus en plus dispersés sur le territoire.

Témoignage :

Marie habite avec ses deux enfants dans une région rurale caractérisée par un habitat peu dense. Elle a choisi ce lieu par envie de calme, de sécurité et de proximité avec la nature (il y a un bois au fond de son jardin). Lors d’une visite à ses amis, Pascale et André, habitant une autre Province, elle s’est plainte de l’augmentation régulière du prix de l’électricité. Après comparaison des factures, elle s’est rendu compte de différences. Elle paie plus cher que Pascale et André… Ses amis l’ont informé qu’une partie de la différence est due au fait qu’elle habite dans une région étendue avec moins d’habitat. «Les coûts du réseau de distribution sont plus importants m’a dit André. Ils sont d’autant plus importants que l’habitat est dispersé. Il faut bien raccorder les maisons au réseau et cela ne se fait pas pour rien… Je n’y avais jamais pensé… Pourtant, j’ai entendu l’autre jour à la radio, je m’en souviens maintenant, un Bourgmestre qui disait la même chose pour l’égouttage et le ramassage des déchets…» Sur le chemin du retour, les questions tournent dans sa tête : «Toutes ces maisons qui s’alignent le long de la route, cela doit effectivement côuter aux Communes. Quand j’ai choisi ma maison, je n’ai pas pensé à l’impact que ce choix a sur la nature, l’espace, les dépenses publiques, mon budget du ménage… Ne devrais-je pas y faire plus attention ? Qui peut m’aider ?… Je demanderai à mes amis la prochaine fois»


L’étalement et la dispersion de l’habitat et des activités ont des conséquences importantes sur le plan environnemental. Organiser de manière plus durable le territoire constitue un défi considérable car de nombreuses dimensions doivent être rencontrées simultanément.

Ces deux vues aériennes prises à un intervalle de temps d’une dizaine d’années illustrent la manière dont le territoire s’urbanise progressivement au détriment des terres agricoles. Les constructions linéaires dites «en ruban» sont une des caractéristiques de l’urbanisation telle qu’on la rencontre en Wallonie. Cette forme d’urbanisation a notamment été permise grâce aux dispositions du plan de secteur, qui a planifié l’occupation du territoire régional à partir des années 1970. A l’époque, les questions du coût de l’énergie ou celles liées au réchauffement du climat n’étaient pas encore débattues.

Pour en savoir plus

Etudes et documents. N°1. Les coûts de la désurbanisation Protocole de Kyoto : aménagement du territoire, mobilité et urbanisme. A commander :
http://mrw.wallonie.be/DGATLP/DGATLP/Pages/DGATLP/PagesDG/DescrPublications/EtudesDocuments/CPDT.asp
Les fiches et cartes communales et régionale d’occupation du sol – CPDT. Disponible en ligne.
http://cpdt.wallonie.be/?id_page=71
L’état de l’environnement wallon – Tableau de bord 2010 – Partie 2 Aspects territoriaux – Service public de Wallonie. Disponible en ligne.
http://etat.environnement.wallonie.be/index.php?page=le-tableau-de-bord-2010

[1] Fiche d’évolution de l’occupation du sol : Région Wallonne, CPDT, 2008
[2] Avis cadre pour une mobilité compatible avec le développement durable, Conseil Fédéral du Développement Durable, 2004